GREVE « AUTO-ECOLE » CONTRE LA LOI MACRON

GREVE « AUTO-ECOLE » CONTRE LA LOI MACRON

L'accès à Paris va être très compliqué ce vendredi. Tôt dans la matinée, vers 7 heures, les principaux syndicats des auto-écoles, le CNPA, l'Unidec et l'Unic, mais aussi les trois principaux réseaux d'apprentissage à la conduite, CER, ECF et City Zen, ont décidé de bloquer les accès de Paris. Les portes de la Chapelle, Bagnolet, Bercy, Orléans et de Saint-Cloud seront concernés par cette mobilisation qui s'annonce importante. La profession est vent debout contre les mesures adoptées la semaine dernière, en première lecture, par les députés qui examinaient le projet de loi Macron et qui concernent le permis de conduire. «On est en train de disloquer un système et de brader la sécurité routière. On va réduire à sa portion congrue l'apprentissage et l'on misera sur le tout répressif pour améliorer ensuite le comportement des conducteurs», met en garde Jean-Louis Bouscaren, responsable de l'Unidec. La semaine dernière, un mesure a littéralement volé la vedette aux autres dispositions votées: le recours à des postiers pour passer le permis dans les zones les plus tendues. Quand les délais d'attente pour le candidat dépasseront les 45 jours, le personnel de la poste, moyennant une formation préalable, viendra en renfort auprès des inspecteurs, aussi bien pour faire passer les examens du code que pour les épreuves pratiques. Une mesure qui heurte la profession, comme Philippe Colombani, le responsable de l'Unic. «Mais inspecteur c'est quand même un métier!», s'insurge t-il, en étant solidaire, une fois n'est pas coutume, des inspecteurs, au premier chef concernés par cette annonce. Ces derniers pourraient se lancer dans un mouvement de grève illimité en mars prochain, à l'initiative de l'un de ses syndicats, le Snica-Fo. «Des tests écrits via le Net? Ce n'est pas sérieux. On ne sait pas qui est derrière l'écran» D'autres mesures déclenchent la bronca des auto-écoles. Parmi elles, la possibilité d'évaluer un candidat au permis par internet. «On lui ferait donc passer des tests écrits via le Net. Ce n'est pas sérieux. D'abord, on ne sait pas qui est derrière l'écran et ensuite comment peut-on mesurer par exemple l'émotivité d'un candidat?», s'interroge Bruno Garancher président d'ECF. À cela s'ajoute la suppression des 20 heures obligatoires de cours, sauf pour la conduite accompagnée. «Cela laisse à penser que la conduite accompagnée est plus contraignante. On va dissuader les jeunes de s'orienter vers cet apprentissage, qui pourtant est très positif», souligne Jean-Louis Bouscaren qui se préoccupe aussi de la possibilité de passer le code à l'école comme l'ont voté les députés. «On dissocie le théorique et le pratique. Un élève qui aura obtenu le code pourra passer les épreuves pratiques trois ans après! C'est déraisonnable». Parmi d'autres dispositions votées, se trouve aussi la création d'un comité d'apprentissage de la route, le «CAR». Les professionnels, qui font remarquer au passage qu'il existe déjà une structure similaire -le conseil supérieur de la sécurité routière-, s'inquiètent de la composition de ce nouvel organisme. Y siégeront les auto-écoles numériques. Pour les syndicats, la création de ce CAR signe la volonté d'Emmanuel Macron de vouloir imposer un nouveau modèle d'auto-école. Ce dernier reposerait sur un apprentissage dématérialisé sur le Net, donc sans accueil des candidats et donc sans locaux. À cela s'ajouteraient des moniteurs indépendants et non plus des salariés. Avec cette organisation générant moins de frais, des cours à prix cassés seraient proposés comme le souhaitent d'ailleurs deux jeunes qui, aujourd'hui, ont monté, leur société. Mais essuyant un tir de barrage de la profession, ces derniers voient aujourd'hui leur projet bloqué. Cazeneuve s'est-il fait voler le dossier?  Mais par delà ces mesures, prises selon les professionnels, «dans la précipitation», tous s'étonnent que le permis de conduire soit désormais «l'affaire» d'Emmanuel Macron. «Nous travaillons depuis plus d'un an avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve sur la réforme du permis», rappelle Patrice Bessone, président du CNPA. Pour tous, c'est évident, le responsable de Beauvau s'est fait «voler» le dossier par l'ambitieux ministre de l'Économie… «Nous demandons l'arbitrage de Manuel Valls pour qu'il dise finalement qui mène les discussions pour faire avancer la réforme», poursuit le responsable du CNPA. Les différents cortèges de manifestants devraient se rejoindre en fin de martinée, vendredi, place du Champs de Mars. Ils espèrent quitter les lieux avec une date en poche pour un rendez-vous avec le premier ministre. Mais la profession maintient la pression. Dès le 9 février, les cortèges se rassembleront de nouveau à Paris à l'initiative des même représentants, décidés à offrir un front uni. Mais ce jour-là, le mouvement s'étendra à la province. Diverses actions sont prévues à Bordeaux, Lorient, Marseille, Nancy, Paris, Limoges, Clermont-Ferrand et Alès. D'ici quelques jours, le Sénat examinera à son tour l'ensemble des mesures votées. Les syndicats espèrent que leur point de vue sera entendu.     AFFICHE GREVE3         AFFICHE GREVE 2 AFFICHE GREVE